L’inondation de l’Yvette n’est pas une fatalité – C. Maupas

L’Yvette est un petit cours d’eau d’environ 33 kilomètres qui prend sa source à Lévis-Saint-Nom (Yvelines), puis emprunte la vallée de Chevreuse avant de se jeter dans l’Orge à Épinay-sur-Orge.

Parmi les crues de l’Yvette, celle de 1978 a le plus marqué les esprits et est considérée comme la « crue de référence », d’une période de retour estimée à vingt ans. Malgré d’importants travaux réalisés sur la rivière après cet événement, des inondations dommageables se sont ainsi produites pendant la tempête de décembre 1999, lors de violents orages.

Nous connaissons depuis quelques années une période beaucoup plus humide. La nappe phréatique est par conséquent plus haute que précédemment et la capacité de rétention des bassins du fond de vallée est diminuée. Sur les terres encore cultivées, la disparition des haies et les techniques de labour (sillons dans le sens de la pente) de la vallée de l’Yvette accentuent aussi le ruissellement vers la rivière.

Mais, quelle que soit la situation météorologique à l’origine des crues, l’imperméabilisation du sol favorise le ruissellement des eaux de pluies. Cette imperméabilisation est liée à des facteurs géologiques, mais surtout à la très forte croissance urbaine en Essonne depuis une vingtaine d’années, accélérée depuis la fin des années quatre-vingt-dix avec l’avènement de l’habitat pavillonnaire et des lotissements, immeubles, zones d’activités, parkings et routes qui augmentent progressivement et irréversiblement l’imperméabilisation du sol. Le remblaiement de zones inondables naturelles pour la construction de centres commerciaux ou d’autres activités limite la capacité de certaines portions d’écoulement et le débit d’évacuation.

inondation1La crue de fin mai-début juin 2016

L’inondation a été d’une ampleur inédite.

Pourquoi les riverains n’ont-ils pas été prévenus, dès le mardi 31 mai, que le SIAVHY allait ouvrir les vannes dans la nuit et pourquoi ne pas avoir mis en place quelques protections comme on le voit ailleurs ? Il y a eu clairement un défaut d’alerte, dont les conséquences auraient pu être graves en termes humains. Beaucoup de riverains ont perdus des biens dans leur sous-sol ou leur RDC. En témoignent le nombre de bennes remplies pendant plusieurs semaines.

Pourtant, du côté de la Bièvre (SIAVB), la crise a été beaucoup mieux gérée que du côté de l’Yvette (SIAHVY).

Dans les Yvelines, les Étangs de Hollande et plans d’eau déversent leurs eaux par des rigoles vers la Bièvre et l’Yvette. Ce système est géré par le Syndicat SMAGER. Le plein d’eau avait été fait dans ces étangs afin de préparer l’été. Quand les événements pluvieux sont arrivés, il n’y avait plus assez de place pour le trop plein. Et petit à petit, le SIAHVY a du lever les vannes pour qu’il n’y ait pas de débordements par submersion. Donc toute cette eau n’est pas tombée que du ciel.

Néanmoins, le SIAVB a pu absorber un relâchement plus important d’eau venue en amont de St Quentin en Yvelines. Pourquoi pas le SIAHVY ? Y a-t-il eu échanges entre le SIAHVY, le PNR (Parc Naturel Régional Haute Vallée Chevreuse) et les Yvelines, en vue d’une gestion synchronisée de la crue ?

Il s’avère après études par le Collectif des associations de Riverains de l’Yvette que les niveaux de pluie n’ont pas été exceptionnels par rapport aux crues antérieures ; beaucoup d’éléments prouvent que l’ampleur de cette inondation (+ 70 cm par rapport à 1999 !!!) n’est pas due qu’à la pluviométrie mais bien à des interventions ou non interventions volontaires ou involontaires et certainement à un manque d’anticipation et/ou de compétence, qui constituent un dysfonctionnement grave dans la gestion de cet épisode pluvieux.

C‘est du coup une catastrophe politique et non naturelle, et une enquête doit déterminer les erreurs et comment les corriger (en imposant que les corrections soient faites à tous les niveaux).

Les élus et le SIAHVY en tête ont seriné partout : « Il s’agit d’une crue exceptionnelle ».

Le maire de Palaiseau, qui clame en même temps « J’ai fortement attaqué le SIAHVY l’année dernière sur les frais de communication », a communiqué tous azimuts sur Tweeter, dans le Palaiseau Mag (n° 207 été 2016 baptisé avec désinvolture « Palaiseau sous Yvette »), avec beaucoup d’autosatisfaction sur ses B.A., sa proximité avec les riverains mais ce n’est pas de communication dont les personnes sinistrées ont besoin. Certes, les mairies, les pompiers, la police ont mis le paquet en personnels et en matériels auprès des inondés. Mais où est la prévention dont le maire aurait dû faire preuve ?

Les riverains en colère veulent savoir où ça a lâché en amont, qui a pris quelle décision, qui a failli. Ils ont vite constaté la méconnaissance totale du sujet par les élus de Palaiseau.

Nous avions interpellé le maire par courriel en novembre 2015 sur l’application des prescriptions imposées par le règlement du PPRI déclinées à Palaiseau, à savoir selon le titre III « mesures de prévention, de protection et de sauvegarde » et le titre IV « mesures sur les biens et les activités existants » :
– l’organisation de réunions publiques annuelles pour informer la population :
* de l’existence de ce PPRI et de sa règlementation selon les zones (impossibilité de reconstruire en cas de sinistre par exemple) : nature et impact du risque ;
* des mesures obligatoires prescrites aux riverains des zones les plus à risque (aléas forts et très forts) (concernant leurs installations électriques ou leur cuve à fioul en sous-sol par exemple),
* des mesures mises en œuvre tout au long de l’année par le SIAHVY et la ville pour la protéger des inondations ;
– la mise en place et la publicité large d’un système d’alerte (notamment téléphonique) pour prévenir les riverains de l’Yvette en cas de risque d’inondation ;
– la mise en place d’un plan de sauvegarde en cas d’inondation avérée.
Quelles mesures ont-été mises en place à Palaiseau ?
Quelles mesures comptez-vous mettre en place, dans et hors cadre du PLU dont le PPRI fait partie ?

Sa réponse fin janvier 2016, est restée purement théorique : « Le PPRI est intégré au PLU. Il est opposable à toutes les autorisations données pour les constructions et agrandissements avec des prescriptions spécifiques selon le zonage du PPRI. La ville veille à son application dans la délivrance des autorisations d’urbanisme.

L’Etat (DDT) et le SIAVHY sont consultés systématiquement pour tout projet situé sur les zones identifiées dans le PPRI.

En phase de pré-instruction, les porteurs de projet lorsqu’ils nous sollicitent-sont systématiquement informés par les instructeurs de l’existence du PPRI et des contraintes liées.

A noter que la ville est dotée d’un PCS (plan communal de sauvegarde) et d’un DICRIM (document d’information communal sur les risques majeurs) qui intègrent le risque inondation lié au PPRI de l’Yvette.

Il n’y a pas de dispositif d’alerte téléphonique automatisé mais des procédures sont identifiée pour informer les riverains concernés en cas d’événement particulier : informations en porte à porte, appels + véhicule/haut-parleur…

Le SIAVHY en tant que gestionnaire du cours d’eau est garant et responsable de son amélioration .Il est en charge du suivi du niveau des eaux et des alertes liées aux inondations et aux pollutions éventuelles. »

A peine un mois avant l’inondation, les élus nous répétaient en conseil de quartier à Lozère que le SIAHVY fait ce qu’il faut …

Il a fallu une inondation record pour qu’un élu écrive : « en pleine révision du PLU, cela nous amène à approfondir notre réflexion ». Cela ne réparera jamais ce qui a été endommagé voire anéanti pour de nombreuses familles.

La situation a été aggravée par tout ce qui n’a pas été fait en prévention, par le manque d’anticipation :
– pas d’alerte des riverains pour se sauver et sauvegarder leurs biens ;
– pas d’écoute des membres du Collectif des Associations de Riverains de l’Yvette qui alertent depuis 15 ans les élus et le SIAHVY sur tous ces problèmes d’inondations, de défaut d’entretien de la rivière soi-disant au profit de la faune, de remblais qui se poursuivent (stade d’Orsay, Prairie de Villebon), de ponts trop bas, de postes électriques en zones inondables, d’urbanisation du Plateau sans une réelle volonté d’empêcher les eaux de descendre dans les vallées de l’Yvette et de la Bièvre, du manque de bassins de rétention ou de zones d’expansions de crues en amont, etc.
malgré les études et le travail considérable fournis par ces associations souvent prises de haut.

Les riverains ne veulent pas se laisser spolier et demandent encore que ça ne leur retombe pas dessus car la responsabilité des inondations incombe à ceux qui urbanisent en amont et sur le Plateau (ce que précipitera la Ligne 18 voulue par le maire), à ceux qui délivrent des permis de construire, à ceux qui ne mettent pas en place des procédures de lutte efficaces contre les inondations (création en amont dans les Yvelines de bassins de retenue, de zones d’expansions de crue, création de noues, de chaussées réservoir, de retenues de l’eau à la parcelle, contrôle des bassins de promoteurs, etc etc), à tous ceux qui laissent traîner les choses, à tous ceux qui coupent les budgets, etc.

Le maire de Palaiseau doit rendre des comptes sur la base de ses obligations légales reprises par le PPRi (voir son Règlement) qui lui ont pourtant été rappelées. Ses choix budgétaires doivent être revus : pour prévenir des drames, il doit mettre l’argent budgété pour la vidéosurveillance dans les travaux vitaux à engager dans les mois qui viennent (rehaussement du pont « des 2 gares » : 350 000 € /2 avec Villebon, soit nettement moins coûteux que les caméras) ; il s’agit de sauver des vies et des vies de famille, traumatismes inclus. Il doit préciser ce qu’il va faire à court et à long terme (PPI : plan pluriannuel d’investissement).

Il doit initier des exercices réguliers de simulation d’inondation grandeur nature. Le Palaiseau Mag peut expliquer les sonneries des sirènes. L’information régulière des riverains est fondamentale, surtout celle des riverains récents qui ne connaissent pas le comportement de la rivière : que faire en cas de crue, numéros importants …

La ville de Palaiseau a déclenché son Plan Communal de Sauvegarde, dispositif complet d’actions mises en œuvre en cas d’inondation. Mais ce document est impossible à trouver. Il a manqué aux habitants une information en temps réel.

Cinq maires, dont celui de Palaiseau, ont envoyé en juin une lettre ouverte au SIAHVY, lui demandant des comptes en y mettant des formes. Cette action renvoie toute faute sur le syndicat. Cela ne doit pas faire oublier qu’ils y nomment des délégués de la ville censé les représenter pour voter budget et mesures, et pour décider du travail dudit syndicat. à quoi servent ces personnes décisionnaires du coup ? Quelles sont leurs compétences, leurs implications ?

Le SIAHVY aussi doit rendre des comptes aux habitants sur son défaut d’alerte des riverains malgré les financements par le contrat de Bassin, sur son alerte tardive des maires, sur la façon dont il a géré les bassins de retenue, sur le mauvais entretien de la rivière et des bassins de retenue (arbres encombrant les bords, ensablement à plusieurs endroits).

Il faudra quand même comprendre comment nous en sommes arrivés à une telle situation, pire qu’en 1978 malgré tous les bassins construits entre temps. Des ponts ont été submergés. Les zones inondées sont proches de celles de la crue centennale cartographiée par le PPRi. Il faut identifier les causes aggravantes qui amplifient la crise et les leçons à tirer de cette catastrophe.

On ne mesure pas un bon maire à sa capacité à gérer des inondations mais d’abord et surtout à les empêcher !

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