Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Palaiseau le 21/12/2015 : Enquête de victimation ou en quête de manipulation ?

Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Palaiseau le 21/12/2015 : Enquête de victimation ou en quête de manipulation ?

Le collectif Palaiseau Terre Citoyenne est indigné par le questionnaire d’enquête de victimation tel que proposé sur le site Internet de la Ville de Palaiseau : ici
Nous sommes en effet très sceptiques sur les objectifs, le sérieux, la rédaction et l’efficacité de ce formulaire.
Il nous semble qu’il a été fait à la va-vite et de manière non professionnelle, pour répondre à l’obligation (tout à fait pertinente par ailleurs) posée par le Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD), mais surtout pour confirmer des choix déjà opérés de développer une politique sécuritaire, de multiplier le nombre de policiers municipaux, de les armer, de rapprocher leurs missions de celles de la Police nationale et, enfin et surtout, d’installer à prix fort des caméras de vidéosurveillance dans toute la ville.
Nous notons également les sous entendus envers certaines populations (les jeunes, les marginaux…), notamment à travers des questions orientées, qui impliquent des réponses auxquelles les répondants pourraient ne même pas avoir pensé. Ce questionnaire suscite à lui seul un climat de méfiance et de peur.
Or en ce moment, le devoir de tout politicien responsable est de rassurer.
Le résultat donne un sentiment de manque total de respect de la population et, partant, de la démocratie.
Nous souhaitons dans cette lettre contribuer à la réflexion de toutes et tous sur ce sujet qui nous concerne au plus haut point.
Quelques définitions et réflexions générales pour commencer :
– Présentation d’une enquête de victimation selon le CNRS :
« L’enquête de victimation désigne une technique assez simple dans son principe : interroger des gens, échantillonnés de façon à représenter la population d’un pays, d’une région, d’une ville, sur les infractions dont ils ont été victimes.
(…) L’objectif de réplication régulière des enquêtes pour les collectivités impliquées permettra de disposer d’un outil d’évaluation longitudinal des politiques publiques locales de sécurité. »
http://www2.cnrs.fr/sites/communique/fichier/15r_zaubermanbp.pdf
– Définition du Larousse : victimation :
« Étude des phénomènes criminels qui s’intéresse en premier lieu à la personne des victimes »
– De nombreuses pistes de réflexion sont à creuser, comme celles proposées par Laurent Muchielli selon lequel la sécurité de la vie au sens le plus large du terme, signifie surtout l’emploi, le logement, le bien être.
Or, le gouvernement, mais aussi les instances locales, ne peuvent (ne veulent ?) pas assurer la sécurité de la vie. Ils choisissent d’assurer la sécurité dans certains domaines en désignant des cibles supposées créer de l’insécurité (comme les jeunes, les musulmans, les Roms…). On ne distingue plus le fantasme de la réalité.
Ainsi des catégories successives de population deviennent des cibles de substitution et une partie d’entre elles devient à son tour victime – voir l’enquête de victimation de 2014 à Marseille : http://www.laurentmucchielli.org/public/Article_Mucchielli-Raquet.pdf
Autres pistes de réflexion :
– les caméras sont constituées de métaux, de terres rares, de dérivés pétroliers, de silicium, etc., dont on sait qu’ils agravent la situation de déséquilibre écologique ;
– ce commerce utilise des personnes exploitées et sous-payées au lieu de créer des emplois de proximité pour un traitement humain de la question sécuritaire.
Nos observations sur ce formulaire :
• Aucune information sur les concepteurs et rédacteurs du formulaire ni sur le cabinet choisi pour effectuer le diagnostic local de sécurité (DLS) à Palaiseau : qui va dépouiller ce questionnaire et quand ? concernant la publication des résultats : où, quand, comment et dans quel objectif ?
• Cette « pseudo enquête » d’opinion ne respecte aucune des règles élémentaires d’enquête
sociologique ou statistique :
– aucune maîtrise des catégories socio-professionnelles (pas de case « sans profession » par
exemple) ;
– puisque le questionnaire est envoyé en aveugle à toute la population, n’importe qui peut tricher sur son âge, sexe, lieu d’habitation, etc. ;
– aucune maîtrise du nombre de questionnaires qui pourront être remplis par une même personne :
chacun peut faire 100 photocopies et répondre 100 fois, quel que soit le mode de transmission ; Cette méthode incontrôlée de distribution des questionnaires ne permet en aucun cas de constituer un véritable échantillon pour s’assurer de la représentativité des répondants. La réplication de l’enquête, pour avoir une idée des tendances dans la durée et évaluer les résultats des dispositifs mis en place, sera impossible.
• Ce questionnaire mélange 2 sortes de préoccupations et constats, parfois dans les mêmes
questions : des faits réels constatés (questions 6-8-9-12-13) et des sentiments (et non des
perceptions) d’insécurité pour toutes les autres questions. Même si ces deux types d’informations sont importants pour traiter la question de l’insécurité, la démesure et l’incohérence constatées dans ce questionnaire sont particulièrement inquiétants : quels types de mesures peut-on prendre à partir de données aussi hétéroclites ?
• Aucune question n’aborde les causes économiques et sociales et la genèse de la délinquance. D’ailleurs le mot social n’apparaît jamais, sauf dans la formulation d’une insécurité – du moins pour les rédacteurs, puisqu’il s’agit des « mouvements sociaux » !), serait-ce un gros mot ? De même, il est quasiment impossible de suggérer des solutions autres que répressives.
• L’espace réservé aux questions ouvertes est extrêmement limité, comparé à celui couvert par les questions fermées (et orientées).
• De nombreux items sont mal construits, par exemple :
– éléments généraux : la catégorie des moins de 20 ans semble bien large.
– question 3 : impossible de dire que la situation n’a pas changé + pourquoi 3 ans ?
– question 6 : comporte 2 questions et l’une en plus petits caractères + pourquoi 3 ans ?
– question 7 : « sécure » n’est pas français + les propositions ne concernent pas des « rues ou espaces publics » comme proposés mais de grand quartiers.
– question 8 : pourquoi 12 mois et plus trois ans ? + faute : « de la Palaiseau ».
– question 9 : on est obligé de répondre, même si rien ne se passe dans son quartier !
– question 10 : pas moyen de répondre différemment pour Police nationale et municipale +
comment le citoyen peut-il répondre à ces questions d’ordre général et qui relèvent d’une mesure globale ?
– question 11 : idem + si on pense c’est que c’est selon nous, pourquoi cette redondance ?
– question 13 : faute de frappe : « la durée d’attente » n’est pas à bonne place et n’a pas de case.
– question 14 : les questions sont très orientées et ne prennent pas en compte les aspects sociaux et solidaires qui sont des objectifs essentiels des services publics.
– question 16 : il est inacceptable de proposer « les mouvements sociaux » parmi les items, de plus en seconde position. Cela s’inscrit dans une idéologie qui criminalise les mouvements sociaux. Cela peut faire croire que vous pensez qu’il faudrait réduire drastiquement les droits et libertés démocratiques en les interdisant. Le choix et l’ordre des items est désolant, l’incivilité et l’impolitesse ne serait le fait que des jeunes, l’état des routes et des trottoirs qui génèrent aussi une grande insécurité ne sont pas envisagés (ni dans d’autres questions)…
– question 17 : la hiérarchie et le choix des items sont également très orientés, on voit de suite l’objectif de l’enquête (plus de police et de vidéosurveillance, mais pas de prévention) + les délinquants sont soit des jeunes, soit des marginaux…
Nous exigeons donc le retrait pur et simple de cette pseudo-enquête dont l’issue est d’ores et déjà connue et qui est uniquement destinée à auto-conforter la majorité municipale dans ses choix sécuritaires. La police municipale n’a pas vocation à remplacer la police nationale, encore moins sans compensation financière.
Nous redemandons instamment à la municipalité de se donner les moyens d’un véritable contrat de tranquillité publique, basé sur un diagnostic sérieux, respectueux et honnête, impliquant la police municipale, le réseau d’éducateurs, le tissu associatif local, les conseils de quartiers, les commerçants et l’ensemble des citoyennes et citoyens.

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